
La consolidation des cours de l’or ne devrait pas inquiéter outre mesure. Il est normal que les phases de fortes progressions cèdent la place à des périodes de digestion.
21 Aug 2025 – 07:00 François Savary, Genvil SA
Malgré un «coup de chaleur» estival, induit par la rumeur – rapidement démentie – d’une possible taxation du métal jaune par les Etats-Unis, les cours de l’or stagnent depuis mi-avril, lorsque la barrière des 3500 dollars l’once avait été brièvement testée.
Cette consolidation, qui dure depuis quatre mois, doit être observée à la lumière de l’excellente performance de la relique barbare depuis le début de l’année: près de 27%. Une progression qui met le métal jaune dans les trio de tête des meilleurs investissements en 2025, après une année 2024 qui n’avait pas déçu (+13%).
Certains observateurs se demandent 1) si le rallye de ces dernières années (hausse de plus de 150% depuis fin 2018) ne touche pas à sa fin et 2) si l’or mérite encore sa place dans une allocation diversifiée?
Nous avons, ici comme ailleurs, défendu avec constance les vertus de métal jaune dans une stratégie d’investissement. Et dans le contexte actuel, nous estimons que les conditions ne justifient en rien d’agir avec précipitation et de sortir les positions, sous prétexte que les cours sont étales depuis mi-avril. Bien au contraire.
Premièrement, nous restons réservés vis- à-vis de la devise de l’Oncle Sam. Malgré un repli de 10% face aux principales monnaies depuis janvier, nous anticipons une dépréciation complémentaire pour les prochains trimestres.
Stephen Miran, conseiller économique influent de D. Trump et pressenti pour rejoindre temporairement la Réserve fédérale, n’a jamais caché son désir de voir le billet vert se déprécier, en cohérence avec le programme économique global de l’administration actuelle. Si le dollar a retrouvé un peu de hauteur en juillet, le mouvement a fait long feu au cours des dernières semaines. Par ailleurs, malgré une confirmation récente du rating de la dette souveraine US par S&P, les incertitudes entourant les finances publiques de Washington ne se sont pas évaporées. Dès lors, la recherche d’alternatives au billet vert reste une démarche légitime pour les investisseurs et nous ne pensons pas que cette évolution sera remise en cause au cours des prochains trimestres.
Deuxièmement, la pression sur la Réserve Fédérale s’intensifie ! Les données économiques récentes, notamment celles sur la détérioration du marché de l’emploi, devraient ouvrir la voie à une reprise du processus d’assouplissement monétaire dès septembre. Il faut également relever que les membres de la Fed favorables à la baisse des taux se sont faits plus vocaux au cours des dernières semaines. Leurs arguments devraient, pour le moins, être plus largement débattus lors de la réunion de septembre dans une perspective à moyen terme.
Face au fléchissement de la conjoncture américaine qui se dessine pour le second semestre 2025 et le début de 2026, une recul entre 75 et 100 points de base du taux directeurs d’ici le printemps réduirait le coût d’opportunité de l’or, de nature à favoriser une reprise de sa tendance haussière.
Troisièmement, le contexte géopolitique mondial et l’avenir des relations interétatiques restent marqués par le sceau de l’incertitude. Les foyers de tension sont multiples et l’architecture mondiale fondée sur «l’art du deal» est susceptible d’engendrer bien des turbulences! Dans un tel environnement, les actifs refuges conservent toute leur pertinence dans un portefeuille diversifié. Ce d’autant plus, que les grandes banques centrales continuent de renforcer leurs positions en métal jaune dans la composition de leurs réserves internationales.
En conclusion, la consolidation des cours de l’or ne devrait pas inquiéter outre mesure. Il est normal que les phases de fortes progressions cèdent la place à des périodes de digestion. La vraie interrogation est alors celle de savoir si cette évolution préfigure un retournement de tendance lié à un changement des fondamentaux. En ce qui nous concerne, nous estimons que ceux-ci militent toujours en faveur d’une hausse de l’or au cours des 12 à 18 prochains mois. Dès lors, il ne nous semble pas qu’il y ait péril en la demeure sur la tendance haussière des cours de l’or et nous recommandons toujours une position solide sur cet actif dans un portefeuille diversifié. Et ce d’autant plus au moment où le rallye sur les actifs risqués donne des signes de fatigue, après la forte reprise des actions depuis le mois de mai.