
C’est la capacité des entreprises à délivrer des résultats satisfaisants lors de la saison des bénéfices qui prime. Et sur ce front les doutes semblent limités.
François Savary, Genvil SA
Les divisions au sein de la Réserve fédérale vont croissantes, à en croire les déclarations récentes de leurs membres. Désormais, certains semblent vouloir relancer, au plus vite, le processus d’assouplissement monétaire alors que d’autres, dont le «contesté» J. Powell, sont enclins à maintenir le statu quo du premier semestre 2025.
Dans une approche «complotiste», on pourrait y voir l’impact des pressions toujours fortes de l’administration de D. Trump sur la Fed; certains décideurs de cette dernière optant (de manière opportuniste?) pour une attitude plus conciliante à l’égard du locataire de la Maison Blanche, dans le cadre de la course à la succession de J. Powell qui se profile à l’horizon d’ici mai 2026. Rien n’est impossible.
De manière plus concrète, ne faut-il pas, simplement, chercher l’explication à cette attitude plus souple du côté des chiffres économiques? Disons-le toute suite, les données publiées récemment outre-Atlantique sont loin de justifier les velléités de certains de procéder à une baisse rapide des taux d’intérêt.
Des créations d’emplois qui restent solides, un repli des demandes d’allocation chômage, une reprise des ventes de détail et l’adoption de la big beautiful bill sont autant de facteurs qui démontrent que la conjoncture américaine n’est pas menacée par un fléchissement conjoncturel dans l’immédiat. Au contraire, d’aucuns sont surpris par la vigueur de l’activité si l’on en croit le redressement de l’indice des surprises économiques au pays de l’Oncle Sam.
En outre, sur le front des prix cette fois, la publication des données de l’indice des prix à la consommation de juin a plutôt montré quelques signes que l’impact (encore limité jusqu’au 1er août) des tarifs commencent à se faire sentir sur l’inflation. Une autre manière de dire que les décideurs monétaires en faveur d’un statu quo ont plutôt de quoi justifier leur attitude «intransigeante». Ce constat est d’autant plus vrai que les accords commerciaux signés par l’administration Trump demeurent rares et que de gros partenaires commerciaux des USA, Europe en tête, ne savent toujours pas à quelle sauce ils seront mangés.
N’en déplaise à Donald Trump, non la Réserve fédérale ne peut pas justifier des taux aussi bas que ceux de la Suisse! Tant sa politique commerciale que la mise en œuvre de ses orientations budgétaires ne sont en rien des facteurs de renforcement de la visibilité économique, rendant ainsi le travail des grands argentiers plus ardu.
L’attitude de l’autorité monétaire, qui consiste à juger sur les faits et à évaluer les impacts incertains des politiques macroéconomiques mises en œuvre, semble donc justifiée. A moins que le président américain soit pleinement conscient, tout en refusant de l’avouer, que sa politique tarifaire constituera un choc négatif de grande ampleur sur la demande domestique? Faire d’un J. Powell sur le départ la victime expiatoire d’une telle éventualité prendrait alors tout son sens!
En un mot comme en cent, la conjoncture américaine reste grevée d’une visibilité réduite dans l’immédiat, tant les inconnues sont nombreuses. Ce qui n’a pas empêché les actions américaines de battre de nouveaux records au cours des dernières semaines, sous l’impulsion des sept magnifiques qui ont retrouvé toute leur splendeur.
Les investisseurs affichent un optimiste (excessif?) qui semble indiquer que la macro est désormais secondaire par rapport aux considérations microéconomiques dans leur esprit; en d’autres termes, c’est la capacité des entreprises à délivrer des résultats satisfaisants lors de la saison des bénéfices qui prime. Et sur ce front les doutes semblent limités.
Mais peut-on vraiment ignorer les incertitudes macroéconomiques quand le principal indice boursier américain se paye 24 fois les bénéfices attendus (22 fois si l’on exclut les 7 magnifiques)?
Les semaines qui se profilent vont être intéressantes à plus d’un titre. On observera scrupuleusement les annonces et les prévisions des principales sociétés de la cote US. Il ne faudra pas pour autant ignorer les développements économiques et commerciaux outre-Atlantique. La négligence bienveillante des dernières semaines sur ces derniers fronts trouvera peut-être sa validation dans les faits, pour le plus grand bonheur de ceux qui ont décidé de «surfer» sur la reprise du rallye boursiers depuis le mois de mai. Ils devront néanmoins garder à l’esprit qu’instiller politiquement des tensions au sein des décideurs de la Réserve fédérale, voire de pousser cette dernière à procéder à un assouplissement monétaire qui ne semble pas se justifié, porte en germe une perte de crédibilité de la Fed qui n’aurait rien de rassurant pour les investisseurs. Il suffit d’ailleurs de regarder le comportement des rendements et du dollar au cours des derniers mois pour s’en convaincre.