Comme les problèmes ont parfois tendance à se présenter de manière groupée, la prise de fonction du nouveau grand argentier US se fera dans un contexte particulier.
Analyse avec François Savary de Genvil Wealth Management & Consulting.
François Savary, Genvil SA
Dans quelques jours, K. Warsh aura la dure mission de diriger son premier conseil de la politique monétaire. La tâche est ardue au moment où les pressions inflationnistes accélèrent significativement au pays de l’Oncle Sam et alors que les rendements à 10 ans des obligations souveraines USD se rapprochent dangereusement de la barre des 5%.
Comme les problèmes ont parfois tendance à se présenter de manière groupée, la prise de fonction du nouveau grand argentier US se fera dans un contexte particulier. D’une part J. Powell, qui a décidé – choix unique dans l’histoire de l’institution – de demeurer au sein de la Réserve Fédérale, fera planer son ombre sur le Conseil de la Fed. De l’autre, les dissensions au sein de celui-ci sont fortes et la fracture entre la ligne officielle adoptée lors de la dernière réunion et les prises de positions de plusieurs gouverneurs s’est sensiblement affirmée au cours des dernières semaines; la réalité de l’évolution des prix aux USA rend de plus en plus intenable la biais accommodant défendu il y a quelques semaines encore.
Tout cela s’inscrit, en plus, dans un contexte géopolitique et économique dont la visibilité est particulièrement faible, alors que le marché est désormais de plus en plus convaincu que la Réserve Fédérale ne fera pas l’économie d’une hausse des taux directeurs au cours des 12 prochains mois.
Le nouveau gourou monétaire des USA n’a pas caché son adhésion à l’idée que la révolution de l’intelligence artificielle est une force de déflation potentielle pour l’économie américaine à moyen terme.
François Savary
Gérer l’incertitude économique, créer un consensus durable au sein des décideurs monétaires pour contrôler aussi efficacement que possible la poussée inflationniste et rassurer les marchés obligataires sont déjà des défis importants pout K. Warsh. Cependant, il trouvera aussi sur son chemin un D. Trump toujours désireux de donner des leçons monétaires aux grands argentiers, quitte à alimenter des doutes sur l’indépendance de la Fed.
On sait que monsieur Warsh est enclin à imposer un nouveau cadre à la gestion de la politique monétaire au pays de l’Oncle Sam; en effet, la réduction du bilan et l’abandon des outils non-conventionnels pour revenir au rôle central des taux d’intérêt font partie de ses préoccupations.
Il s’agit bien évidemment d’un chantier de moyen/long terme mais l’engagement des réflexions et, dans un second temps, la mise en œuvre de réformes éventuelles seront d’autant plus compliquées que les questions qui «grèvent» la politique monétaire à court terme n’auront pas trouvé de réponse.
Last but not least, le nouveau gourou monétaire des USA n’a pas caché son adhésion à l’idée que la révolution de l’intelligence artificielle est une force de déflation potentielle pour l’économie américaine à moyen terme et qu’il faut donc en tenir compte dans la détermination des taux directeurs. Au-delà du fait que les débats entre économistes à ce sujet sont loin d’être clos, la seule réalité qui s’impose aujourd’hui à l’Américain lambda est la hausse des prix actuelle qui «mange» son pouvoir d’achat et qui commence à impacter à la hausse ses anticipations d’inflation pour les prochaines années. Attention à ne pas faire face à un désencrage des anticipations de prix!
On le voit, les conditions de la passation de pouvoir à la tête de la Fed sont loin d’être faciles.
Le court terme reste marqué par de grandes incertitudes et la dépendance des grands argentiers aux événements politiques a rarement été aussi forte.
K. Warsh évolue sur une ligne de crête qui doit le conduire à la fois à traiter les problèmes du court terme, l’inflation excessive en particulier, tout en imposant son leadership dans la prise de décision et dans la constitution d’un consensus sur la meilleure manière de conduire la politique monétaire à long terme.
A cet égard, il sera particulièrement intéressant de lire le premier communiqué de la Présidence Warsh et d’écouter sa conférence de presse. Sera-t-il capable de trouver les mots qui rassureront un marché obligataire de plus en plus nerveux ? Il faut le souhaiter au regard du retour de la volatilité des derniers jours sur les marchés boursiers


